< Retour

SI Club Genève-Rhône

Quand elles s’en mêlent!

Genève, 15 octobre 2019, 20h30, invitées par le Club Genève-Rhône, une centaine de Soroptimistes et ami-e-s sont assises dans une immense salle de l’ancienne usine gérée par API, l’association pour le patrimoine industriel, pour un spectacle donné par la compagnie ciekta.

Force et courage

Sur une petite estrade noire et carrée est campée une jeune femme mince chaussée de godillots d’où s’élèvent deux longues jambes habillées d’un pantalon étroit à motifs arlequin. Une simple tunique noire glisse de ses épaules et des cheveux bruns courts avec deux mèches plus longues sur le devant qu’elle replace parfois derrière ses oreilles. Au bout d’une cordelette noire, une espèce de poupée fétiche qu’elle fait tourner dans sa main droite avant de la fixer au micro et d’embarquer tout son public fasciné dans un périple intitulé Quand elles s’en mêlent, un périple qui redonne force et courage aux femmes.

De la mythologie grecque à la situation des guerrières en Syrie, en passant par Louise Michel au bagne en Calédonie ou le procès en avortement de Bobigny gagné par Gisèle Halimi, elles les réhabilitent. De sa voix douce, soudain tonitruante, elle fait vibrer, ses grands yeux bleus soulignant son propos, tantôt levés au ciel ou plongés dans le public.

Lier les époques

Elle dit ses femmes qui ont forcé un dictateur africain à plier, elle dit celles qui s’accrochent aux arbres pour empêcher la construction d’un aéroport, elle ignore le temps qui passe ou plutôt lie toutes les époques au fil conducteur de la force féminine, de cette force qui, si elle n’était pas brimée, pliée, abîmée, permettrait sans doute de mieux vivre ensemble.

Parfois, elle a des accents de sorcière pour mieux les défendre et parfois elle chante merveilleusement. Magistrale, Anne Deval, fille de conteuse: «Ma mère était une conteuse traditionnelle. J’ai d’abord rejeté la tradition et suivi des études de théâtre, mais j’étais cloisonnée dans des textes, des rôles et j’avais beaucoup de choses à dire. Alors j’ai opté pour le conte, mais à ma façon.».

Travail en symbiose

Son complice depuis quatorze ans, c’est Fred Blancot, lunettes et gentil sourire. Musicien multiinstrumentiste, il dit avoir un peu du mal avec le modèle du mâle dominant et être féministe tout simplement.  Aux manettes de ces instruments, il suit notes après notes les mouvements, les éclats de voix ou les silences de l’actrice. «On travaille en symbiose, elle écrit, je compose, elle réécrit, je recompose, jusqu’à ce que cela joue. Selon les thèmes abordés, je vais chercher des sons en Grèce, en Syrie ou ailleurs.»

Femmes dans l’imaginaire

A la fin du spectacle, Anne Deval reprend sa poupée et murmure un «elle jette un sort». Pari gagné, le temps d’un spectacle, elle a remis les femmes dans l’imaginaire collectif, son but.

Imaginaire encore, les gains du spectacle vont permettre à six femmes guéries du cancer du sein de traverser l’Atlantique avec une médecin et une skipper, un projet baptisé r’Ose transat.

Brigitte Mantilleri, Genève, 16 octobre 2019