SI Club Genève-Fondateur: « Des femmes qui s’engagent »

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SI Club Genève-Fondateur: « Des femmes qui s’engagent »

«Des femmes qui s’engagent»

Lors de l’Interclub du 11 Septembre 2017 Madame la Directrice pour la Suisse d’ Amnesty International Manon Schick a emmené les membres des clubs de Rolle, Nyon, Lausanne, Genève-Rhône et Genève-Fondateur ainsi que des invitées de divers clubs dans le monde de ces femmes qui s’engagent. Femmes qui se battent pour changer ces sociétés patriarcales, des militantes défenseuses des droits humains et des droits des femmes en particulier.

Autour de quelques portraits de son livre, Mes Héroïnes, Manon Schick a choisi de nous emmener dans le monde de ces femmes qui s’engagent, femmes qui se battent pour changer ces sociétés patriarcales, des militantes défenseuses des droits humains et des droits des femmes en particulier.

Militantes qui refusent l’injustice qui leur est faite, à elles comme à tant d’autres. Ces actrices du changement, « Mes héroïnes » comme Manon les nomme, l’ont impressionnée, voire bousculée, souvent fascinée.

Aussi, le courage de ces femmes accompagne Manon et lui rappelle, que si elles sont prêtes à prendre des risques au quotidien, et quels risques…, elle, Manon vivant dans une société et un pays privilégiés malgré les inégalités encore persistantes quant au statut des femmes, n’avait pas le droit de les laisser tomber. Ici en Europe, nous pouvons largement disposer de nos libertés fondamentales. Ces droits doivent nous inciter à agir, revendiquer, dénoncer, créer des associations. Tandis qu’elles, ces héroïnes, quand elles le font, c’est au prix de leur liberté, menacées, rejetées même par leur propre famille et/ou la société, harcelées par les autorités, emprisonnées, torturées et risquant leur vie ou alors condamnées à l’exil.

Qui sont-elles ces femmes généralement inconnues du grand public et ne possédant que de peu de moyens de tous ordres pour se faire entendre au-delà de leur milieu ou pays qui eux se chargent de les faire taire ! Elles ne sont pas parfaites…, parfois pleines de doutes et de contradictions. Bref, elles sont humaines et font partie des nombreuses inconnues qui cherchent à rendre notre monde meilleur, surtout sans se vanter ou en tirer profit. Par ce livre, Manon Schick veut leur rendre hommage, leur exprimer sa reconnaissance et admiration pour leur engagement.

  • Leila Alikarama, 38 ans : Avocate iranienne, militante au sein de la Campagne pour l’égalité, en 2006, intitulée « Un million de signatures ». Campagne en faveur de l’abrogation des lois discriminatoires en Iran. Campagne qui a remporté tout de même quelques succès, notamment des améliorations en cas d’héritage ou de divorce. Des combats au prix de répressions, arrestations et emprisonnements ; cependant, toutes ces femmes sont courageuses et persistent.

C’est dès la fin de ses études en 2001, que Leila œuvre au côté de Shirin Ebadi, la première femme juge en Iran en 1974. Cinq ans plus tard sous le régime conservateur, elle n’a plus pu officier comme juge. Alors, elle continue sa quête de justice comme avocate, spécialisée dans la défense des droits des femmes.

Leila, son bras droit pendant de nombreuses années, devient alors la directrice du centre pour les personnes qui soutiennent les droits humains. Centre fondé en 2013 par Shirin Ebahi, lauréate au prix de la paix. Ce centre vise à renforcer la connaissance des droits humains dans les pays du Moyen-Orient, notamment en Iran.

Aujourd’hui, c’est au travers des réseaux sociaux que des femmes manifestent leur lutte pour les droits des femmes. Et, c’est avec un sourire amusé que Leila parle de la dernière invention de ces militantes : se photographier sans foulard ou se filmer à vélo en réaction à la déclaration du leader Khamenei quant au rôle et la mission des femmes « mère au foyer et s’occuper des enfants si ce n’est l’interdiction du vélo aux femmes car cela ne convient pas à leur chasteté ! ».

Leila Alikarama, c’est aussi l’avocate qui a choisi de s’appuyer sur le Coran pour faire plier les mollahs iraniens.

Divorcée, Leila vit maintenant à Londres, avec son fils de 19 ans, où elle termine sa thèse de doctorat sur les femmes et l’égalité en Iran.

  • Jackeline Rojas, 48 ans : Femme populaire et militante colombienne pour la paix. Travailleuse sociale, elle est membre de la direction de l’Organisation féminine populaire de Barrancabermeja. Elle a dû se mettre à l’abri dans une autre ville après la mort de son frère comme son père et son mari, tous 3 assassinés par des groupes de guérilla ou par un militaire

L’organisation en question réunit et forme les femmes pour les inciter à jouer un rôle actif dans la résolution du conflit et dans le développement de la société colombienne, en travaillant avec des personnes déplacées ou en situation de pauvreté, en proposant des conseils juridiques et en offrant des consultations psychologiques et médicales. La violence omniprésente due à ces conflits certes, mais aussi toutes les autres violences faites aux femmes sont traitées au travers de ces conférences ou séminaires de formation.

  • Nareen Shammo, 30 ans : Journaliste irakienne (Kurdistan irakien). Très jeune à l’âge de 17 ans, elle débute comme journaliste dans des médias locaux de sa région. Elle a commencé à s’engager lorsque le groupe État Islamique arrive dans sa région et enlève des milliers de femmes yézidies. Très active, elle ne craint pas d’agir sur le terrain aux risques de s’exposer elle-même ainsi que ceux qui lui sont proches. Elle échappe au pire à l’aéroport d’Erbil où elle est arrêtée par les forces de sécurité kurdes. Relâchée, elle embarque tout de même pour l’Allemagne. Pays où elle restera et demandera l’asile, qu’elle obtient en une semaine. Quelque temps après son frère est aussi arrêté, frappé, interrogé et finalement relâché. Dès lors, dans des conditions devenant de plus en plus difficiles et dangereuses, sa famille est obligée de fuir et peut bénéficier en Allemagne du regroupement familial.

Après tous ces combats dont l’exil, tout est à reconstruire, néanmoins elle continue dans cette voie plus que jamais afin que l’ignorance comme l’indifférence à l’égard de la crise yézidie et du génocide dont ce peuple et tout particulièrement les femmes sont victimes, soient reconnus et que les responsables de ces crimes contre l’humanité puissent être traduits en justice.

 

  • Marisela Ortiz, 57 ans, ayant dû se réfugier aux États unis : Enseignante mexicaine sur les traces des filles disparues. Elle s’est engagée après la disparition et l’assassinat d’une de ses étudiantes. L’impunité totale, c’est ce qui caractérise l’immense majorité des cas de féminicides au Mexique. Comme le dit Marisela qui a cofondé avec Norma Andrade une organisation venant en aide aux familles de femmes et jeunes filles assassinées : « ni moi, ni Norma n’ont de formation juridique. Aucune des mères de jeunes filles assassinées ne s’attendaient à devoir ouvrir des livres de droit… .»

Le but de l’organisation est donc d’apporter aux familles de femmes le soutien juridique et social, de les accompagner dans leurs démarches auprès des autorités, de faire pression sur les autorités mexicaines afin d’obtenir des modifications légales pour que les auteurs soient poursuivis. En plus, l’organisation prend en charge les enfants orphelins dans leur éducation et scolarité et des ateliers de réhabilitation psychosociale font partie du programme.

  • Kasha Jacqueline Nabagesera, 36 ans : Militante ougandaise pour les droits des homosexuels.

L’association FARUG (freedom and Roam Uganda) est une organisation féministe qui promeut l’égalité entre femmes et hommes, mais aussi entre les homosexuels et les lesbiennes. Fondée par un groupe de lesbiennes ougandaises (dont elle fait partie et fut la présidente de l’association), Kasha a vécu elles-mêmes harcèlement, discrimination et agressions multiples.

L’association cherche à promouvoir le respect des droits des homosexuels en combattant les lois restrictives à leur égard, en sensibilisant le public et en formant les membres de la communauté gay à la défense de ses droits. Elle a notamment obtenu la suspension de la loi visant à introduire la peine de mort pour punir l’homosexualité en Ouganda. Oui, suspension et non abrogation de la loi !

Même si Kasha ne préside plus l’association, elle est reconnue de fait comme la représentante des homosexuels ougandais et bien au-delà. Elle poursuit son combat comme « un félin traqué », devant vivre dans la clandestinité. Pour elle, il n’est pas question de s’exiler même si elle vit dangereusement, ce serait comme avoué qu’il n’y a pas de place pour eux sur le continent africain.

  • Justine Masika Bihamba, 50 ans : Technicienne en développement communautaire en République démocratique du Congo, elle a fondé une association pour venir en aide aux femmes victimes de viols au Nord-Kivu. En plus de cette plateforme qui compte à ce jour 15 maisons pour accueillir les victimes et 5 réseaux communautaires pour donner l’alerte en cas de viols, l’association a offert, à ce jour, une prise en charge médicale d’environ 15’000 femmes victimes de viols. Elle permet aussi aux femmes de se former au travers d’ateliers, elle scolarise des centaines de fillettes et organise des cours d’alphabétisation pour adultes.

La plateforme offre un accompagnement judiciaire à celles qui sont prêtes à déposer plainte. De même, des ateliers destinés aux autorités et aux leaders communautaires sont offerts pour mieux intégrer les femmes dans le processus de paix et sensibiliser les ex-membres des groupes armés.

Six portraits de femmes, toutes animées d’une même conviction et d’un humanisme sans borne dans le but de changer le monde où elles vivent ou ont vécu. Femmes courageuses, parfois jusqu’au boutistes.

A l’exception de Nareen Shammo, journaliste irakienne yézidie, Manon a connu toutes ces femmes sur le terrain, dans leur pays – hors d’Europe, c’est un choix assumé. Il s’agit de rencontres extraordinaires, elles accompagnent Manon comme déjà dit plus haut, elles l’ont toutes inspirée. Leurs combats racontent la diversité des domaines dans lesquels des femmes s’engagent. Cependant, Manon n’oublie pas celles qu’elle ne nous a pas présentées ce soir. Elle nous les évoque rapidement :

  • Müzeyyen Nergiz, avocate turque qu’Erdogan qualifie de «terroriste» parce qu’elle s’élève contre la violence domestique.
  • China Keitetsi, l’Ougandaise à qui on avait appris à chérir son AK-47 plus que son doudou, accablée de malheurs mais toujours debout pour tous les enfants soldats. Son livre, La Petite Fille à la Kalachnikov – Ma vie d’enfant-soldat.
  • Amal Nasr, déléguée aux droits des femmes en Syrie, pourchassée par Bachar, réfugiée en Suisse.
  • Serkalem Fasil, une Ethiopienne emprisonnée puis exilée aux États-Unis, dont le mari a été condamné à 18 ans de prison pour s’être opposé au régime.
  • Radhia Nasraoui, l’avocate tunisienne égérie du féminisme, qui a fini par être le cauchemar de Ben Ali

La conclusion de Manon sera une question-réponse à « Que faire ? » :

  • Relayer leur combat, faire pression de toutes parts et sur les autorités
  • Se battre pour défendre les droits des Hommes et tout particulièrement ceux des femmes
  • Utiliser des relais dans le pays concerné. Dans le cadre de ces actions, toujours vérifier et analyser les informations afin de vraiment bien cibler l’action et d’être crédible.

Les questions posées par l’assistance encore sous l’émotion rejoignent ce « Que faire ? » de même, on s’interroge quant aux actions concrètement les plus adéquates à entreprendre que ce soit via Amnesty International ou d’autres organisations impliquées dans la lutte pour les droits humains, sans minimiser le rôle de tout un chacun dans l’ici maintenant.

La présidente remercie très chaleureusement Manon Schick pour sa conférence. En écho, ce sont les applaudissements soutenus de l’assistance qui la relaient.

Marthe Wasem-Pittet, 12 octobre 2017

 

Mot de bienvenue de la présidente de Genève-Fondateur, Graziella Rossi Barbeau et présentation de Manon Schick

J’ai l’honneur de vous présenter notre conférencière, Manon Schick, ici en terre vaudoise, à la maison, puisque qu’elle est née à Lausanne, en 1974, dans une famille où les parents sont ouverts et ont une forte conscience sociale.

Dès l’enfance, Manon est confrontée à l’exclusion, aux barrières, au Mur de Berlin, car ses grands-parents paternels habitent Berlin-Ouest.

Très vite, dès son adolescence, à l’âge de 13 ans, elle s’indigne contre l’apartheid en Afrique du Sud. Le portrait de Nelson Mandela, alors emprisonné, figure dans sa chambre. Votre premier héros Manon ? Beau choix, pour cet homme qui a prôné la réconciliation et le pardon avec ses geôliers et qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1993.

Dans les supermarchés, notre conférencière appelle au boycott des boîtes d’ananas en provenance d’Afrique du Sud. Elle va jusqu’à fermer son compte d’épargne jeunesse auprès d’une grande banque suisse, par rétorsion aux relations que cette dernière entretient avec le gouvernement de Pretoria.

A 16 ans, avec Nouvelle Planète elle participe à la construction d’une école au Burkina Faso. Grâce à Jean-Marc Richard, elle est à l’antenne une fois par semaine sur Radio Acidule. Elle organise des spectacles dans les écoles, sur le thème de l’éducation aux droits humains.

Elle décroche ensuite un stage à l’Illustré, fit des études d’histoire, de français et en sciences politiques.

Dès 1995, elle milite bénévolement pour Amnesty International.

En 2003, elle part 1 an, en Colombie, comme bénévole auprès des Brigades de Paix Internationales. Elle rencontre dans ce pays une de ses héroïnes.

En 2004, à l’âge de 30 ans, elle devient porte-parole d’Amnesty International à Lausanne.

2018-01-17T20:57:55+00:00